Edito - Arts et Sciences: quelle ressemblance? Par Virginie Reymond

Edito - Arts et Sciences: quelle ressemblance? Par Virginie Reymond



“J’ai exactement cent un ans, cinq mois, et un jour” dit la Reine.
“Je ne peux pas croire cela!” répondit Alice.
“Vraiment?” dit la Reine d’un ton de pitié. “Essaie de nouveau: respire profondément et ferme les yeux.”
Alice se mit à rire. “Inutile d’essayer,” répondit-elle: “qui pourrait croire en l’impossible?”
“Vous péchez, selon moi, par manque d’entraînement.” dit la Reine. “Quand j’avais votre âge, je m’y exerçais une demie-heure par jour. Eh bien, il m’est arrivé parfois, avant même l’heure du petit-déjeuner, de croire jusqu’à six choses impossibles.”
 
De l’Autre Côté du Miroir, Lewis Carrol

Croire en l’impossible: n’est-ce pas là le signe suprême de créativité? Mais il n’existe pas qu’une forme de créativité. Alors que croire en l’impossible nécessite temps et espace pour cultiver cette faculté de voir différemment, de voir au-delà, la créativité de nos jours doit être rapide, individualiste, et rentable. Ceci ne peut mener qu’à une forme de créativité redondante; la créativité comme machine à faire plus de la même chose.
 
Comment ne pas comprendre la réaction d’Alice, sa réticence à croire la reine? Changer notre façon d’appréhender le monde qui nous entoure est terrifiant. Tellement plus simple de rester dans sa zone de confort! Pourtant, inévitablement, ceci mène à des démarcations, entre les gens, leurs idées, leurs idéaux. Des démarcations qui découlent de la façon dont chacun choisit d’appréhender son univers.
 
La connaissance a suivi le même chemin. Notre besoin de saisir la complexité qui nous entoure nous à poussé à systématiquement organiser, hiérarchiser, séparer, spécialiser… Nos connaissances ainsi mises dans des boîtes ne peuvent plus que raconter une petite partie d’une histoire globale, que représenter une vision du monde unilatérale. Abstraite.
 
Ces boîtes sont séparées par des barrières, et celles-ci sont parfois si épaisses qu’elles nous empêchent de voir ce qui se trouve de l’autre côté: tout ce qui nous sépare, mais aussi tout ce qui nous rassemble avec ces autres mondes. Dans le monde professionnel, ces barrières peuvent prendre la forme de qualifications et de compétences bien précises, d’un jargon spécifique, et bien souvent aussi de préjugés sur ceux “de l’autre côté”. Difficile alors de se rendre compte que ce sont peut-être eux qui ont les réponses à nos questions.
 
Cette année, nous avons décidé de rapprocher deux domaines séparés dans notre imaginaire collectif par tant de ces barrières: des artistes et des scientifiques. Nous sommes convaincus que malgré leurs approches différentes, tous demeurent intrinsèquement motivés par leur envie de pousser les limites du possible, de croire en l’impossible. Et que c’est cette envie qui pousse leur créativité dans leurs domaines respectifs, afin d’essayer de donner un sens au monde qui nous entoure.
 
Notre plaidoyer pour des pratiques créatives interdisciplinaires n’est plus à faire - comment générer de nouvelles idées en restant dans un familier entre soi? Nous espérons qu’encourager des artistes et des scientifiques à collaborer, librement, leur permettra d’apprendre les uns des autres, peut-être même de s’influencer. Et qui sait, peut-être décideront-ils de se lancer dans une aventure où l’impossible n’existerait tout simplement plus?
 
A tous les amis du Flux Laboratory: que 2019 soit impossiblement créative.