EDITO - "BE FAST" PAR ALESSIA SACCO

EDITO - "BE FAST" PAR ALESSIA SACCO



Le temps est une notion qui rend compte du changement dans le monde. Le questionnement s'est porté sur sa "nature intime" : propriété fondamentale de l'Univers, ou plus simplement produit de l'observation intellectuelle et de la perception humaine.
Nous l’avons rendu palpable en le fractionnant et lui donnant une valeur. Nous nous sommes créés un cadre rythmé à l’intérieur duquel se déroule des lois de vie et de physique. 

Aujourd’hui, les 4.0 vivent la fast life, essayant d’aller encore plus vite et plus loin ! 

La vie TGV, c’est passer à travers un paysage sans sentir son odeur, son goût, son énergie. C’est comme se mettre des œillères et foncer droit au but dans les rails.  

Le but ? 

Oui la fameuse recherche de résultat. 
Une direction qui se veut saine, moteur, motivatrice, la carotte !
La destination du voyage. The goal ! 

A l’honneur aujourd’hui, la fast production
Après le fast food, la fast consommation, la fast life, voici venu La fast production ?

La fast production ?

Oui, produire vite, innover, créer l’inexistant. 
La fast production touche aussi le monde de l’art. 

Really ? 

Yes, les artistes se retrouvent eux aussi emportés par les rythmes endiablés du 4.0. 
Le luxe de la recherche est révolu, la vie est rapide, les artistes travaillent sur 5 projets en même temps. Ils courent de contrat en contrat, une banane à la main, un café dans l’autre et c’est parti. 
Déterminés, passionnés, fougueux et créatifs. 
Il faut créer sans relâche.
Réaliser un produit fini en temps et en heure.
C’est envahi de cette hâte que les chorégraphes et danseurs travaillent, transpirent, se dévouent à leur art.

La vie d’artiste, une vie de business, produire et vendre, vendre et produire. 

L’humain ne peut plus être au centre de la recherche, de la création, le produit est la Star, le but. 
Pour les danseurs, plus question de se chauffer, il faut maximiser le temps. 
Pas le temps d’utiliser des outils pour s’ancrer, se connecter, pour entrer dans la matière subtile, le voyage de création se retrouve englouti par le résultat et le temps.
A vouloir aller trop vite au but, il me semble que l’humain est oublié et son chemin aussi. 

L’importance d’une destination ne se loge-t-elle pas dans le voyage ? 

Où se loge alors le plaisir de créer, de danser, de se donner corps et âme à l’art ? 
Produire pour produire, faire pour faire. 

Quel est le véritable rôle du chorégraphe de nos jours ? Créer une œuvre ? accompagner une évolution artistique ? être messager ? Transmettre une expérience, partager une émotion, une sensation, une forme ? 

Pourquoi tous ces jeunes chorégraphes veulent-ils créer tant de pièces ? 

Comment retrouver l’essence de ce rôle ? 

L’art est vivant, 
Il a besoin d’humanité pour exister. 
L’homme a besoin d’être dans l’instant présent, de sentir, de respirer, de vibrer, d’exister hors temps et espace. 
L’homme a besoin de liberté, de joie, d’énergie pour créer. 

Arrêtez-vous de courir et vivez maintenant,

Le bonheur n’est pas au bout du chemin, il est le voyage. 

Alessia Sacco